Ma mère et moi, on a choisi que je n'irais plus à l'école... et nous ne regrettons rien!
Bonjour,
Je me sens obligée de relayer cette condamnation d'un rapport odieux et scandaleux...
Le bilinguisme est le germe de la délinquance car source de difficultés scolaires. Cest en substance ce quavance Jacques-Alain Bénisti. En conséquence de quoi, le député UMP propose de forcer les parents et les enfants à parler exclusivement le français à la maison, au détriment de leur langue dorigine. Le rapport Bénisti, remis le 16 novembre dernier au ministre français de lIntérieur, a provoqué de vives réactions au sein de la sphère universitaire et médicale. Autopsie dun rapport inqualifiable aux relents néo-colonialistes.
Par Koceila Bouhanik
« Papa, parle moi français pour ne pas que je devienne un délinquant ! » Linvraisemblable rapport Bénisti, du député français UMP (Union pour la majorité présidentielle) du même nom, présente une sombre thèse sur le bilinguisme comme facteur de délinquance. Une pseudo-étude, qui piétine la liberté individuelle et la diversité culturelle, dans laquelle il propose un système coercitif pour contraindre les parents et leur progéniture à faire un usage exclusif de la langue de Molière dans les chaumières, et plus largement au sein de la cellule familiale. Son rapport, passé relativement inaperçu dans la presse, a soulevé un véritable tollé chez les universitaires, les syndicats, la Ligue des droits de lHomme, la magistrature, les corps médicaux spécialisés et les travailleurs sociaux. Et pour cause...
Afrik ne pouvait se taire. Car loin de lidée dune rhétorique construite et assassine, qui pourrait être chère à lhomme Bénisti, il faut aller au fond des choses. Voir et comprendre, tel doit être notre but aujourdhui, tel doit être notre difficile labeur. Car pour percevoir comment un rapport parlementaire remis au gouvernement de cette France multi-culturelle, mixte et colorée, en arrive à de telles extrémités, il faut saccrocher.
La courbe Bénisti
Mais avant cela, présentons le sieur Jacques-Alain Bénisti [*] : Député UMP du Val-de-Marne et président de la Commission prévention du groupe détudes parlementaire sur la sécurité intérieure, il est encore lauteur dun rapport éponyme sur la prévention de la délinquance, remis le 16 novembre dernier au Ministre de lIntérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, M. Dominique de Villepin.
« Courbe évolutive dun jeune qui au fur et à mesure des années sécarte du « droit chemin » pour senfoncer dans la délinquance », accompagnée des « explications de la courbe évolutive dun jeune qui au fur et à mesure... ». Des titres explicites par leur lourdeur. Quoiquil en soit, voilà le corps de ce fameux rapport. En dautres termes, par des courbes savantes, des schémas dannexes et des explications percutantes et soi-disant fondées, on nous explique allègrement que la délinquance est intimement liée aux difficultés qui peuvent exister dans lapprentissage de la langue française, pour les familles dimmigrés et leurs enfants.
Phrases choc pour phases choc
Selon M. Bénisti, sept étapes jalonnent le manuel du parfait délinquant. Pour chacune de ces phases, M. Bénisti a cru utile de donner son point de vue quant à ce que doit être léducation, et plus encore que des conseils, il impose sa vision de lintégration : « Seuls les parents, et en particulier la mère, ont un contact avec leurs enfants. Si ces derniers sont dorigine étrangère elles devront sobliger à parler le français dans leur foyer pour habituer les enfants à navoir que cette langue pour sexprimer », dailleurs « un contact direct avec le jeune devra être instauré de gré ou par la contrainte avec une personne formée à cet effet pour le soigner ou lui faire choisir un autre chemin que celui quil est en train de prendre ». « Difficultés dues à la langue, si la mère de famille na pas suivi les recommandations de la phase 1 (...), lenseignant devra alors en parler aux parents pour quau domicile, la seule langue parlée soit le français. Si cela persiste, linstitutrice devra alors passer le relais à un relais orthophoniste pour que lenfant récupère immédiatement les moyens dexpression et de langage indispensables à son évolution scolaire et sociale ». Quelle obscure lumière, quelle confuse clairvoyance !
Pourtant, M. Bénisti se défend farouchement davoir voulu « stigmatiser ou caricaturer certaines catégories sociales ». Or ces « règles », édictées pour être un bon Français marchant dans le « droit chemin », ne sont pas des extraits provocateurs et démagogiques. Il sagit bel et bien du contenu intégral du rapport Bénisti. Malgré tout, ce qui choque le plus, cest linsistance obsessionnelle de Bénisti à vouloir intégrer le corps médico-social dans ce processus de recadrage : « Des suivis sanitaires et médicaux réguliers doivent être opérés », « ces suivis sociaux réguliers devront aussi permettre à lenfant dêtre élevé dans une atmosphère saine et avec les bases déducation attentives, fondées sur le respect et avec une autorité parentale affirmée ». A croire que les immigrés sont des aliénés.
Bénisti invente le « parler patois »
Mais la perle de la page 9 reste sans conteste le point 1 de la rubrique ACTION : « Les réunions organisées par les associations de mères de familles étrangères financées par le F.A.S (ndlr : Fonds dActions Sociales) peuvent inciter ces dernières dans cette direction (ndlr : à sobliger et à obliger leurs enfants à parler français). Si cest dans lintérêt de lenfant, les mères joueront le jeu et sy engageront. Mais si elles sentent dans certains cas des réticences de la part des pères, qui exigent souvent le parler patois du pays à la maison, elles seront dissuadées de le faire. Il faut alors engager des actions en direction du père pour linciter dans cette direction ». Parler patois ?
Patois : (v. 1285 ; probabl. Du rad. Patt- [Cf. Patte], exprimant la grossièreté). 1° Parler, dialecte local employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant (qui emploie la langue commune). 2° Par extension. Langue spéciale (considérée comme incorrecte ou incompréhensible). V. Argot, jargon. Selon le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française Petit Robert.
Minorités socio-fliquées
Ainsi donc Monsieur Bénisti, les différentes langues qui colorent le paysage culturel français seraient grossières, rurales, inférieures ? Mais peut-être que cela est finalement voulu, peut être, Monsieur Bénisti, avez-vous tout simplement exprimé ce que vous pensiez de la diversité, du mélange, du melting-pot à la française. Peut-être ne supportez-vous pas tout cela, peut-être votre pré rapport nest-il quun moyen détourné daffirmer certaines de vos opinions, de clouer des populations dans des piloris socio-fliqués, de les isoler par une discrimination honteuse ?
Peut-être, Monsieur Bénisti, que ces mesures qui nen sont pas, sont-elles le reflet idéologique de la frange de la population que vous voulez satisfaire, à laquelle vous lustrez les chaussures en voulant plonger dans la fange cette autre catégorie de la population que vous êtes, ô noble âme, « loin de vouloir stigmatiser » ? Pauvre France déliquescente ! Tes idéaux sont morts ! Autre chose, avant dessayer dexercer votre tyrannie éducative et de vous ingérer dans la vie privée des gens, qui nest pas sans rappeler le traitement de la jeunesse de certains régimes, appliquez vos beaux conseils à vous-même et corrigez au moins les nombreuses fautes dorthographes qui achèvent de décrédibiliser votre rapport ! On vous a fait une fleur, on la fait pour vous. Mais quand lhôpital se moque de la charité, on se doit de le dénoncer.
Diversité culturelle et respect : histoire croisée
Maintenant, parlons peu et parlons bien. La diversité culturelle est une richesse inestimable et indéniable pour ce pays. Mourir par asphyxie dans un orgueil suffisant ne doit pas être si drôle, non ? La double culture est une chance, un héritage, un témoignage, aussi, nessayez pas de la détruire. Oui, les populations immigrées ont parfois du mal à sintégrer dans la société française, cest un fait reconnu et entendu. Mais avoir le toupet de prétendre que ne pas parler français à la maison est synonyme de criminalisation et de délinquance, cest proprement scandaleux.
Mais récapitulons en citant vos propres termes et en suivant votre effroyable logique. Un enfant dimmigré, donc de la troisième génération, un petit Français de nationalité, mais pas de souche, vient de naître. A lâge de 3 ans environ, il rentre à la maternelle, comme tous ses petits camarades. Dans lintervalle, on aura « obligé » sa mère à parler uniquement le français dans son domicile. Si le père regimbe, on le bride. Surveillé de près par un personnel sanitaire et médical dans la structure éducative, il est prêt à devenir un citoyen modèle, un bon sauvage, comme on les appelait autrefois. Toutefois, « si la mère de famille na pas suivi les recommandations de la phase 1 », il faudra à tout prix impliquer les services socio-médicaux compétents, tels « lorthophoniste », « lassistante sociale », « le pédopsychiatre » ou « le pédiatre » « pour que lenfant récupère immédiatement les moyens dexpression et de langage indispensables à son évolution scolaire et sociale » et « qui auront pour mission dessayer, autant que faire se peut, de résoudre ces écarts de comportement ». Je ne peux mempêcher de frissonner, M Bénisti, à la lecture de votre rapport. Quadviendra-t-il de notre culture, à nous, « familles étrangères », « enfants de familles étrangères » si de pareilles inepties se concrétisent en lois ?
Enfin, M. Bénisti, à lavenir, si vous me le permettez, soignez au moins votre travail, quon ne vous soupçonne pas de spéculer et dites-nous, en définitive et de manière claire, quelles sont vos sources et quelle est votre formation ? Quavez-vous à opposer à tous vos détracteurs, universitaires reconnus, professionnels de la santé et autres, qui clament haut et fort leur indignation et qui font fronde commune contre linanité de votre compte-rendu, mis à part détourner le débat en tentant de le focaliser sur un clivage droite-gauche comme vous le faites si bien dans votre réponse dune platitude navrante ? De plus, et pour terminer, dites-nous quelles sont les solutions que vous envisagez demployer dans le cas dun délinquant français de souche ?
Consulter le rapport Bénisti (spécialement les pages 7 à 10)